You'll never see the tears of time…

[Critique] : Ninokuni : Shikokku no Madôshi

Ninokuni est le dernier en RPG en date de Level-5, société que l’on connait principalement pour avoir développé la série des Professeur Layton, Inazuma Eleven mais aussi pour avoir réalisé les deux derniers épisodes de Dragon Quest et autres Dark Cloud /Chronicles sur PS2. Autant l’avouer : je faisais partie des joueurs qui attendaient avec une impatience non dissimulée la sortie de Ninokuni : d’une part parce qu’il était développé en collaboration avec le studio Ghibli. D’autre part parce que la démo jouable contenue dans la cartouche Level-5 Premium Platinum laissait augurer de quelque chose d’assez énorme. Et enfin, parce que Ninokuni marquait enfin le retour de Joe Hisaishi dans le monde du jeu video, des années après Tengai Makyo. Après avoir passé environ 36 H dans l’univers de Ninokuni, force est de constater que le voyage s’est très vite transformé en cauchemar. Explications.

Les 2 Mondes :

Ninokuni nous met dans la peau d’Oliver, un  jeune garçon vivant dans le monde de Hottroit. Et les choses démarrent assez mal pour notre jeune héros puisque celui-ci va voir sa mère mourir sous ses yeux. C’est en pleurant à chaudes larmes qu’Oliver va réveiller Shizuku, un esprit enfermé dans l’une de ses peluches. Shizuku va ainsi révéler à Oliver l’existence de Ninokuni, un monde parallèle menacé par les manœuvres de Jâbo le prince des Ténèbres. Oliver va ainsi accompagner Shizuku dans ce monde parallèle afin de vaincre Jâbo mais aussi pour  pouvoir retrouver sa mère, sachant que les habitants d’Hottroit et de Ninokuni partagent la même âme. Ce voyage sera aussi l’occasion pour Oliver d’apprendre la magie en liant un pacte avec le Magic Master, vieux grimoire existant dans le jeu et aussi livré en vrai avec le jeu et qui est justement la principale nouveauté de Ninokuni.

Le Magic Master : coup de génie ou coup d’épée dans l’eau ?

L’idée du Magic Master était plutôt intéressante sur le papier dans la mesure où Level-5 proposait au joueur une double interaction entre jeu et bouquin. Un grimoire vraiment bien fichu, qui a vraiment l’air authentique avec ses pages jaunies et qui est « malheureusement » nécessaire pour progresser dans le jeu car en plus de contenir énormément d’informations sur l’univers de Ninokuni (ses villes, créatures, items, etc…) celui-ci contient toutes les runes nécessaires pour lancer des sorts ainsi que des indices permettant au joueur de résoudre certaines énigmes contenues dans le jeu. Néanmoins, on se rend vite compte qu’alterner entre le bouquin et le jeu devient très vite fatiguant à la longue, d’autant que l’on ne voudra pas emmener partout avec soi ce livre un peu trop précieux et… encombrant. Honnêtement, je me doute bien que Level-5 a voulu lutter contre le piratage en fournissant le jeu avec ce livre mais un mode permettant de pouvoir jouer sans ce bouquin n’aurait pas été de trop, surtout pour les joueurs comme moi qui passent pas mal de temps dans les transports en commun. Et comme me le faisait justement remarquer Exelen, réserver le grimoire pour la future version PS3 de Ninokuni aurait été plus judicieux. Bref, ça partait d’une bonne idée au départ mais on aurait vraiment dû le voir venir comme un camion le fait que ce grimoire allait vite se transformer en une sorte d’arme à double tranchant.


Ninokuni : où comment vouloir reprendre des idées qui ont marché ailleurs.

Vu de l’extérieur, Ninokuni reste un J-RPG assez classique  et on pourrait dire qu’en dehors du grimoire, le titre de Level-5 se contente de reprendre des idées qui ont déjà été éprouvé ailleurs : les mondes parallèles à la Chrono Cross, l’alchimie façon Dragon Quest VIII/IX, les énigmes à résoudre comme dans la série des Professeur Layton ou encore les Imagen, ces monstres que l’on doit capturer comme dans un bon vieux Pokemon. Malheureusement, la sauce a du mal à prendre dans la mesure où Ninokuni ne pousse aucun des concepts cités plus haut à fond. Certes, on peut voyager d’un monde à l’autre mais finalement, il y a très peu d’interactions possibles entre les deux mondes. A l’époque, Chrono Cross proposait de recruter dans son équipe un personnage vivant dans un premier monde pour pouvoir ensuite aller rencontrer son double dans son monde parallèle, ce qui pouvait donner lieu à des rencontres parfois amusantes. Ici, rien de tout cela et il est dommage de constater qu’il y a en fin de compte très peu de choses intéressantes à faire dans le premier monde par rapport au second. Idem, pour les Imagen , ces créatures que l’on peut recruter en incluant le personnage de Maru dans son équipe de départ et qui feront d’ailleurs la plupart du sale boulot à la place d’Oliver. Certes, les Imagen peuvent évoluer plusieurs fois au cours du jeu mais on se rend compte très vite que l’on n’est même pas obligé de se lancer dans la capture de nouveau Imagen étant donné que les Imagen que l’on obtient au début suffisent largement pour poursuivre l’aventure. Et au niveau design, on est vraiment très loin de la qualité du design des monstres dans Pokemon et c’est là que l’on se rend compte que la série de Nintendo fait très fort à ce niveau, que l’on aime ou pas cette série. Idem au niveau du système de combat au tour par tour similaire à celui d’un Dragon Quest mais il introduit quand même une petite nouveauté, à savoir la possibilité de pouvoir replacer ses personnages n’importe où sur l’aire de combat et ce à n’importe quel moment lors d’un combat. Cette idée apporte en effet un petit plus stratégique car permettant d’éviter, voire de se protéger de certaines attaques adverses. Ainsi, placer deux de ses trois personnages derrières un Imagen insensible aux attaques terrestres permet de protéger le reste de son équipe contre ce type d’attaque. C’était une idée intéressante mais encore aurait-il fallu obliger le joueur à y avoir recours le plus souvent possible vu que la plupart du temps, se battre comme un bourrin fonctionnera et il n’est pas vraiment nécessaire de replacer ses combattants à cause de la facilité des combats. Je pensais vraiment que cet aspect serait très important au niveau des combats étant donné que le premier boss du jeu dans la démo était impossible à battre si l’on n’avait pas recours à cette nouveauté. Bref, pour l’aspect tactique, on repassera.

Un voyage qui commence plutôt bien…

Dès les premières minutes de jeu, je dois reconnaitre que j’ai été littéralement entrainé dans le monde de Ninokuni et la patte Ghibli fait mouche d’entrée, alors qu’on n’a même encore mis les pieds dans Ninokuni. Le design, l’architecture adoptée pour les décors, l’ambiance, bref tout y est. Sans compter les séquences animées  réalisées par le studio Ghibli qui en mettent plein la vue, même si ça se passe sur l’écran de la Nintendo DS. Et l’aventure prend encore plus d’ampleur alors que l’on contemple en même temps qu’Oliver les paysages de Ninokuni pour la première fois et que l’on apprend à lancer des sorts à l’aide des runes contenus dans le Magic Master. Oui, on se dit qu’on va embarquer pour une grande aventure et que Level-5 a enfin réussi à nous sortir THE RPG que l’on attend de cette boite depuis des années, sans compter que la différence de design entre les personnages made in Ghibli et les personnages made in Level-5 passe bien à l’œil. On se surprend à voir les ombres des nuages apparaitre sur la carte du monde, sans oublier que les développeurs laissent au joueur pas mal de liberté au niveau des déplacements. Et je n’oublie pas les musiques de Joe Hisaishi  qui en mettent vraiment plein la vue, mais dans un premier temps tout du moins (mention spéciale à la musique de la carte du monde, la meilleure depuis le mythique Time Grassland de Chrono Cross). Et malheureusement, on remet très vite les pieds sur Terre dans la mesure où le rythme du jeu est vraiment lent, pour ne pas dire monotone. La Ghibli Touch qui faisait mouche dans les 3 premières heures de jeu finit rapidement par s’envoler et on se rend compte que l’on va explorer un univers qui demeure somme toute assez classique même si effectivement, certaines villes du jeu peuvent évoquer certaines villes que l’on a pu apercevoir dans certaines productions du studio Ghibli (surtout au Voyage de Chihiro en fait). Niveau scénario, c’est la même chose : ça reste extrêmement basique dans son ensemble. Il faut dire que les éléments scénaristiques vraiment intéressant n’arrivent que très tard dans l’aventure, y compris les informations au sujet de Jâbo. Mais plus grave, j’avoue avoir attendu le moment où tout allait enfin péter. Bref, quelque chose qui allait enfin faire décoller le scénario mais ce moment n’est jamais venu. Sans oublier le fait que nous avons affaire à des combats vraiment ennuyeux à joue, où l’on passe la majeure partie du temps à faire la même chose. Beaucoup ont reproché à Ninokuni sa très grande facilité et il est vrai qu’il faudra vraiment être NUL pour subir ne serait-ce que le moindre Game Over durant sa partie. A la rigueur, cela ne m’a spécialement dérangé car cela m’évitait au moins de faire du level-up comme un bourrin pendant des heures. Pourtant, Chrono Trigger était plutôt facile à terminer et ça ne posait pas spécialement problème. Bref, il ne faut pas s’attendre à un RPG bien rythmé dans l’ensemble, d’autant plus que l’usage du Magic Master vient ralentir le rythme du jeu… qui est déjà lent à la base. Et les aller-retours assez fréquents entre les deux mondes ne viennent en rien arranger l’affaire sachant qu’ils se passent très peu de choses dans le premier monde. D’ailleurs, je me demande encore pourquoi les développeurs ont pris soin d’inclure des lieux comme la gare sachant qu’il n’y a pratiquement rien à faire dans ces endroits.

Malgré la monotonie du jeu, il faut tout de même reconnaitre que Level-5 a vraiment mis le paquet en ce qui concerne les quêtes secondaires et certaines d’entre-elles sont plutôt intéressante. Je pense surtout aux missions consistant à récolter les émotions/sentiments de certains PNJ pour aller les insuffler aux personnages à qui elles font défaut. Cela dit, les quêtes secondaires occupent une part trop importante par rapport à la quête principale du jeu. Sans compter les énigmes facultatives à la Layton que l’on peut résoudre si l’on décide de dormir à l’hôtel ou encore les combats qui attendent les joueurs les plus acharnés dans la Tour Moya. Mais sérieusement, je n’ai vraiment pas envie d’y retourner. Et je ne chercherai même pas à obtenir tous les Imagen disponibles dans le jeu, sans compter ceux qui sont disponibles en téléchargement.

Un dernier mot en ce qui concerne la musique de Joe Hisaishi qui globalement, m’aura aussi pas mal déçu de ce côté. Si le thème principal du jeu est effectivement magnifique, ainsi que les 3 musiques de la carte du monde, on peut difficilement en dire de même pour les autres musiques du jeu. On pourra en plus constater que certaines musiques sont réutilisées dans plusieurs endroits différents du jeu. Bref, je me demande comment ils comptent remplir les 3 disques que comptera l’OST…

Que retenir finalement de Ninokuni ? Une immense impression de gâchis, un jeu qui à aucun moment ne prend des risques alors qu’il avait le potentiel pour relever un peu le niveau du RPG japonais qui n’avait vraiment pas besoin de ça à l’heure actuelle. Ca laissera aussi l’impression un jeu qui risque d’ennuyer les enfants à qui le jeu s’adresse pourtant. Bref, Level-5 s’est bien planté dans le fond et j’aurais dû m’y attendre étant le passé peu glorieux de cette boite en la matière qui n’a jamais sorti un seul grand RPG depuis sa fondation. Idem pour la collaboration avec le studio Ghibli : à force de lire certains tests du jeu, j’ai limite l’impression qu’il suffit de mettre Ghibli pour que le produit soit automatiquement bon, comme si ce studio était au-dessus de toutes critiques. D’ailleurs, je me demande si Nintendo et/ou Level-5 prendront le risque de localiser le jeu en occident. Car traduire le jeu, effectuer les doublages dans chaque langue et traduire le bouquin, ça en fait du boulot. Sans compter l’arrivée de la Nintendo 3DS…. Pour le coup, Level-5 a presque réussi à me dégouter de la version PS3 de Ninokuni mais j’espère quand même qu’ils parviendront à corriger tous les défauts que l’on a pu constater sur cet épisode Nintendo DS.  et qu’on ait droit pour la version PS3 à quelque chose de beaucoup plus dynamique et surtout moins ronflant. Ah si seulement on avait eu droit à un jeu avec une trame  plus mature, mettant en scène des personnages fort de la trempe de Nausicaa, ça l’aurait vraiment fait.

5 Réponses

  1. Ça m’avait intrigué cette histoire de « Magic Master » nécessaire pour jouer. Mais bon, on va ranger le titre avec la majorité des J-RPG de la DS… enfantins et éducatifs.

    13/02/2011 à 11:44

  2. C’est marrant, bien que j’avais déjà lu tes impressions chez Exelen & sur Gameblog moi j’ai complètement été happé par cet univers (certes enfantin je te l’accorde) et j’ai adoré. Suis-je un fanboy Ghibli aveugle ? Je ne pense pas mais j’avoue que les couleurs pastels, les décors, les personnages, etc… m’ont plu même si c’est vrai que les quêtes Imagen me gonflent.

    PS/ Actuellement je me régale à la tour Moya & là crois moi tu en as du Challenge & du tactique et certains monstres sont NEUFS sans parler des boss.

    16/02/2011 à 10:18

    • Bababaloo > Dans le fond, le fait qu’on ait un univers enfantin ne pose pas de problème. C’est plus le rythme de l’aventure et le peu de prise de risque qui me chiffonnent. Mais je reconnais sans problème qu’on puisse être happé par l’aspect très coloré de l’univers de Ninokuni (j’avoue avoir été un peu dur sur ce point il est vrai). Après, le fait que le jeu ait été réalisé en collaboration avec le Ghibli peut avoir une certaine influence sur l’avis que l’on peut se faire du jeu. Après tout, aurait-on porté autant d’intérêt à ce jeu si le studio Ghibli n’avait pas été de la partie ?

      Cela dit, je leur laisse quand même une chance à Level-5 de se rattraper sur l’opus PS3

      Ps : merci pour l’ajout :D

      16/02/2011 à 11:33

      • « Après tout, aurait-on porté autant d’intérêt à ce jeu si le studio Ghibli n’avait pas été de la partie ?  »

        Sincèrement je le pense … Car c’est en grande partie grâce à Ghibli que le jeu a un charme si particulier. En effet le même jeu avec un chara-design, des décors fades je l’aurai laissé tombé.

        Pourtant les donjons finaux & la Tour Moya sont vraiment sympa.

        17/02/2011 à 11:11

  3. PS/ Je me suis permis de te rajouter dans ma blogroll ;)

    16/02/2011 à 10:18

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